Texte de Rodia Bayginot paru en février 2020 dans feu le journal Mèfi

 

La BACAL, Bourse d'Aide à la Création Locale est destinée, sur demande préalable, aux créateurs aubagnais.

 

L'année dernière, les employés de la Médiathèque d’Aubagne et moi, pour un projet art et sciences aux prolongements pédagogiques évidents, avons tenté la solution BACAL afin de compenser, d'une certaine façon, la pauvreté du budget animation.

 

En juin 2019, le jury composé d'employés municipaux et d' élus de la majorité actuelle, réunis dans la salle Sicard du Théâtre Comoedia, prit ses décisions. Sur les douze dossiers en compétition, toutes disciplines confondues (théâtre, musique, arts plastiques, etc.), six obtinrent une bourse et six autres, dont le mien, furent écartés.

 

Dans cette situation, peut-on interroger les critères de choix d'un jury ? Peut-on remettre en questions la procédure, révélatrice, à mon sens, d'une vision de la culture et de la création pour le moins discutable ? Il faut parfois du temps pour réaliser qu'il est utile d 'en parler même lorsque notre position n'est pas la plus confortable pour cela. Mais sinon, qui le ferait ? Si les « perdants » se taisent, ce ne sont pas les « gagnants » qui vont contester une subvention dont ils ont besoin et qui leur est due. C'est le système qui est en cause.

 

 

Concrètement, par exemple, que répondre à ces questions :

 

Pourquoi convoquer, dans un même espace et au même moment, les artistes en lice comme pour un affrontement ?

 

Pourquoi nous donner les résultats comme le faisait mon institutrice, il y a quelques décennies, en commençant par les mieux primées, les meilleurs notes, et dans un ordre évidemment dégressif ?

 

Pourquoi se dépêcher de prendre une décision juste après les auditions ? Les dossiers ne méritent-ils pas le temps de la réflexion ?

 

Et surtout, pourquoi ce système ce speed dating ?! Deux minutes pour présenter au galop un projet de création ?! Ne serait-ce pas une manière pour le moins « cavalière », sans égards et sans respect, de traiter les créateurs dont le métier est justement d'approfondir les concepts et les choses ? Comment défendre un projet dans ces conditions ? Comment faire passer des points de vue différents ?

 

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Dans le hall du Théâtre, durant l'attente, une autre plasticienne laissait entendre que l'épreuve était désagréable mais qu'elle avait connu pire. Y-a-il de quoi se réjouir de ne pas être plus dévalorisé.e.s alors que la salle Sicard, ce jour là, ressemblait au passage des fourches caudines ?

 

Peut-être qu'à force de s’habituer à des processus d'humiliations, bien huilés et décomplexés, que ce soit à l'encontre d' artistes ou de toute personne dans n'importe quelle situation professionnelle, on perd.

On perd quoi ? On perd beaucoup. Je vous laisse en faire l'inventaire ...

 

L'image des collégiens agenouillés de Mantes-La-jolie n'a pas choquée tout le monde, certaines personnes la justifiant par le professionnalisme des policiers et leur soucis de sécurité. C'est une façon de nous expliquer qu'il faut rester « sages », à genoux, en rangs, qu’il faut accepter les contraintes, avaler des couleuvres les unes après les autres. On dirait que c'est dans l'air du temps, alors cette histoire de bourse refusée, finalement...

 

 

 

 

Rodia Bayginot, 15 février 2020